La main blanche

La publicité du vendeur :

 

(Le vendeur aurait pu ici vous faire l’article à peu de frais en vous renvoyant vers quelques commentaires élogieux postés sur des sites n’appartenant pas à sa holding, et par des personnes étrangères à sa famille, mais il s’abstiendra au motif qu’il n’en a plus à vendre.

Pour le moment.

Cela dit, il est bien entendu qu’il n’hésitera pas à les ressortir lors de la réédition au format poche prévue pour le dernier trimestre 2017.)

 

 

Le petit échantillon de l'auteur :

 

- I -

 

     Finalement, il n'est de secret trop bien enfoui pour se croire à l'abri de la pioche incertaine du hasard.

     Au matin du 5 août 1964, le feu s'était déclaré subitement au grand monastère du P*. C'était frère Simon qui avait donné l'alerte. En revenant des cuisines pour aller au premier office, il avait vu sur l'aile droite une épaisse fumée noire s'échapper des fenêtres du deuxième étage. Sous le choc, et certainement pas encore très éveillé, le petit homme rondouillard avait commencé par galoper en rond dans la grande cour, sa tunique aux genoux, mais sans même penser à crier. Puis, l'effort lui libérant peut-être l'esprit, il avait fini par se précipiter jusqu'au clocher pour improviser un tocsin, certes, pas très académique, mais sensiblement plus approprié à l'urgence de la situation.

     Et de fait, la volée de cloches s'avéra très efficace pour réveiller de concert les hommes et leurs soupçons. En une poignée de secondes, une bonne vingtaine de moines haletants, coiffés de loin et vêtus de biais, débouchèrent de toutes parts. Mais si tous furent instantanément saisis de stupeur, et littéralement cloués sur place à la vision du désastre qui s'annonçait, il se passa encore un temps qui parut interminable avant que le premier d'entre eux n’esquissât un geste raisonné.

     Il devint d’ailleurs, sans même un mot, vite entendu qu'il fallait rompre les vœux de silence.

    Le père Antoine, en sa qualité d'abbé supérieur et responsable, eut tout d'abord la saine présence d'esprit de compter ses ouailles. Malgré la panique grandissante, il lui sembla au premier calcul que personne ne manquait à l'appel, mais dans le doute, il recommença plusieurs fois ses additions. Lorsqu'il arriva enfin à se convaincre que nul n'avait été rappelé à Dieu, et que la catastrophe se cantonnait visiblement à la chose matérielle, il se trouva quelque peu hésitant quant aux mesures suivantes à arrêter. Sans trop de conviction, il commença par balbutier une succession d’ordres mal conjugués, avant de prendre finalement le parti de se limiter à répéter crescendo un "Au feu ! Les pompiers !" somme toute assez conventionnel.

     Le téléphone manquant au monastère, frère Armand, le cycliste de référence, fut donc prié en ces termes de gagner le village dans les meilleurs délais, pour alerter les pompiers de Villars, c’était entendu, mais aussi les gendarmes, monsieur le maire, monsieur le curé et finalement toute personne de bonne volonté dépositaire d’un seau en état de marche...