La Cellule Bleue

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La Cellule Bleue c'est :

- 6 + 1 périodes historiques abordées, du Moyen-âge à la chute du mur de Berlin.

- 6 + 1 suspenses indépendants tournant autour de véritables mystères historiques.

- 6 + 1 formes différentes de récit, offrant des moments de lecture variés et toujours surprenants.

- 6 + 1 "vérités" enfin dévoilées, pour le prix d'un seul mensonge...

 

 

L'échantillon gratuit de l'auteur :

Partie 3 - Lettre I : Chevalier Charles-Geneviève d’Éon de Beaumont au Docteur Bertin.

 

Londres, le 15 avril 1810

 

 Cher ami,

 

     Comme vous avez pu vous en rendre compte lors de votre dernière visite, et ce malgré vos charmantes certitudes sur mon prompt rétablissement, il ne fait désormais plus aucun doute que je me meurs doucement, mais bien sûrement ! J’avoue même que ma raison a fini par consumer les derniers espoirs qui me promettaient de survivre à cette belle saison qui s’annonce. C’est vous dire à quel point mon temps se trouve aujourd’hui honnêtement compté !

 

     À quoi bon se mentir au demeurant, quand la souffrance me ramène sans cesse à cette mortelle certitude ? Car voilà bientôt un mois que je ne me suis pas éveillé sans devoir ressentir de nouveaux maux inconnus jusque-là. Et si encore ceux-ci venaient en roulement des plus anciens, j’en serais quitte pour autant, mais pensez donc ! Rien de cela ! Tout s’amoncelle désormais, s’empile, se cumule, si bien que mon fardeau s’alourdit un peu plus chaque matin. J’en viens même à croire que tous ces tourments s’entendent en orchestre maintenant, comme pour mieux se partager mes derniers morceaux !

 

     Oh mon bon ami ! Quelle triste symphonie ! Quel douloureux requiem que d’entendre son cœur fatigué sonner son propre glas !

 

     Cela dit, ne vous alarmez pas pour si peu. Il n’est point question ici de vous faire accourir à mon chevet. Je m’en voudrais de vous déranger inutilement. J’en serais d’ailleurs à ne plus pouvoir vous dire en auscultation où le mal me prend, tant la douleur est devenue générale et incessante. Et vous pleureriez, je vous l’assure, à devoir palper ma pauvre carcasse rongée par cette ignoble rouille. À l’entendre grincer surtout ! En vérité, je vous le dis sans meilleur constat, j’ai pour l’heure comme l’effrayante impression de me statufier par petits bouts !

 

      Mais j’arrête là mes jérémiades de gisant ! À quatre-vingts ans largement fanés, il y a somme toute beaucoup d’indécence à se plaindre de la sorte. La mort n’a-t-elle pas été déjà si patiente avec moi ? Si généreuse ? Même si je ne nie point, bien sûr, l’astuce de vos subtiles manigances pour l’amadouer, et tous ces bons soins que vous m’avez prodigués pour calmer son impitoyable rapacité !

 

      Aussi, maintenant que me voilà rendu à cette triste assurance qu’elle ne voudra plus rien entendre, oublions ces manières, et hâtons-nous plutôt de régler ce qui doit l’être tant que ma plume tient encore à peu près droite entre mes doigts…